/e.kut/ : We are people darker than blue 03

/e.kut/ : We are people darker than blue 03

De Cuba à New-York, du Cap-Vert au Brésil jusqu’en Colombie,
les rythmes de la rumba, du jazz, de la samba, résonnent, et se racontent dans la langue des conquistadors.
Depuis la rive, les terres tremblent.

/e.kut/ fait la part belle à la musique. Chaque épisode dévoile un peu plus de titres. Nous entamons ici le premier cycle, il se nomme : We are people darker than blue. Julien Cohen en est le concepteur, il nous propose 10 playlists, voici la troisième. Les musiques viennent de sa bibliothèque, les continents se rencontrent et se répondent.


crédits : écriture et lecture du texte liminaire : Adèle Dupret / playlist : Julien Cohen / montage et réalisation : Jacques Le Bourgeois / durée : 1h17 / 2016.

Playlist :

02:18 : En la Clave (extrait) – Natasha Estebanez -  1993 – 1:50

03:13 : Nuestro Rico Guaguanco – Los Munequitos De Matanzas – Cuba – 1956 – 4:15

07:26 : Me Matengo – Los Hacheros – USA – 2015 – 7:47

15:08 : En la Clave (extrait) – Natasha Estebanez -  1993 – 2:14

15:45 : Tin tin Deo – Dizzy Gillespie – USA – 1951 – 2:44

18:22 : Mma Anyi Egbuna Anyi – Celestine Ukwu – Nigeria – 1960′s – 4:45

23:06 : Angola – Cesaria Evora – Cap Vert – 1995 – 6:00

28:58 : Janela Da Favela – Gracia do Salgueiro & Velha da Portela – Brésil – 1975 – 2:33

31:31 : La Danza Del Petrolero – Los Wemblers De Iquitos – Péru – 1971 – 2:46

34:18 : Assou-La-Te – Battery Cremil & Les Pedagogues – 1984 – 8:09

42:36 : Guajira Boogaloo – Federico Y Su Combo Latino – Venezuela – 1968 – 3:21

45:27 : Corazón De Acero – Anthony Santos – République Dominicaine -  1990 – 8:15

53:37 : En Las Orillas De Un Rio – El Sexteto Tabalá – Colombie – 1998 – 8:13

01:01:40 : Entretien avec Julien Cohen – Belgique – 2016 – 14:44

Souvent je fuis les traits familiers
du monde étroit qui nous est assigné
et hors des mains des grands meubles je passe
du songe épais de ma solidité
à l’autre rêve à celui de l’espace,
tremblant de froid sans mon identité.
Je sors je sors par une porte basse,
déjà la nuit a change de clarté.
Tandis qu’Un tel qui est moi, sur sa couche
durcit en paix dans son cercueil de corps,
je ne sais plus qui parle par ma bouche
je ne sais plus quel nom je porte encor,
mais j’ai les yeux les mains et les oreilles
d’un voyageur qui serait revenu

et tout a coup un noir frisson m’éveille
entre les murs d’un quartier jamais vu.
Un pas qui n’était pas le mien m’emporte,
je traverse une foule de passants
et me voici dans l’ombre d’une porte
où souffle un formidable coup de vent.
Quelle trombe ! Quel ouragan ! Tout tremble
si fort que l’univers se désunit
et que ma vie aussi se désassemble
et que bientôt rien ne me reste, ni
ce dur regard qui aimait tant les flammes
ni ces deux mains qui aimaient tant tenir
ni ces deux pieds qui aimaient tant partir
ni ce grand corps amoureux de son âme.
Ah ! dans un tel exil comment dirais-je
quelle est la fin de ce long sortilège ?
Je suis sans voir je n’ai plus de langage,
plus de bateau pour un si long voyage !
L’oeil fixe, je me tais, en attendant
d’apprendre enfin la langue du néant.

Jean Tardieu, PERSONNE (Le Témoin invisible, 1943)

L'auteur

Jacques Le Bourgeois Beauvaisien à Bruxelles, ancien étudiant, j'affectionne les commentaires déplacés et j'aime le dessin.